Les capitales au milieu du Petit Paris (XVI) – rue Ankara

Après avoir marché tout au long de l’élégante rue Tokyo, nous nous sommes dirigés vers un autre endroit mystérieux: la rue Ankara. Nous partons de Calea Doronbanți, une artère qui relie la place Charles de Gaulle à la place Lahovari, près de Piata Romană.

Calea Dorobanți, l’un des boulevards les plus importants de la capitale, a une signification historique particulière, dans le contexte où elle conserve son nom dès 1878. Le nom Dorobanți rappelle un événement majeur de notre histoire, la guerre pour l’indépendance de 1877-1878, moment quand les soldats roumains ont été victorieux, et les Principautés Roumaines ont obtenu l’indépendance de sous l’Empire Ottoman.

Depuis la période Belle Epoque, cette zone est exclusive, avec de somptueuses villas, des boutiques de luxe et d’élégants cafés ou restaurants. Une artère large et lumineuse, qui représente le côté de l’est de la grille avec des rues portant les noms des capitales et des pays, connue sous le nom de « Parcelarea Filipescu ».

Comme nous l’avons montré dans nos articles précédents, une promenade dans ce quartier de Bucarest n’est pas seulement relaxante, c’est aussi l’occasion de rencontrer l’histoire et l’architecture de la ville.

Vers la “capitale de la Turquie

De la coquette Place Dorobanți, où est aménagé un petit parc dédié au grand sculpteur Constantin Brâncuși, nous traversons les rues de Rome et Paris, pour entrer sur la rue suivante: Ankara.

La première villa de ce point de vue, celle au numéro 7, construite dans le style néo-roumain, ressemble à une tranche de gâteau placée à la jonction des rues Ankara et Sofia. En fait, sur tout le côté de la rue avec des numéros impairs, nous trouvons une alternance de styles néo-roumains et modernes, avec des façades sobres et claires, qui donnent de la luminosité et une sensation de largeur à l’entière rue.

L’empreinte de l’architecte Gheorghe Șimotta.

Au numéro 1, l’imposant immeuble porte la signature de l’architecte Gheorghe Șimotta (1891-1979). La villa, avec le rez-de-chaussée surélevé et à deux étages, a une ceinture de briques apparente sous la corniche, et les fenêtres polypores arquées au dernier étage ont des colonnes en maçonnerie avec chapiteaux stylisés, éléments décoratifs que l’on retrouve dans la plupart des créations de l’architecte bien connu.

De plus, comme dans la rue voisine, Athènes, la création de l’architecte Gheorghe Șimotta influence le style des bâtiments à proximité, en ce sens que tous semblent se rassembler et réfléchir la lumière afin que l’espace semble beaucoup plus large et plus ouvert même par temps nuageux.

Professeur pendant 30 ans à la Faculté d’Architecture de Bucarest et auteur de nombreux bâtiments devenus emblématiques de la Roumanie, l’architecte Șimotta a contribué au développement de la ville dans l’une des périodes d’épanouissement édilitaire: l’entre-deux-guerres.

Du côté aux numéros pairs, au bout de la rue, depuis le parc Khalil Gibran (où les rues d’Athènes et de Rabat fusionnent), aux numéros 2 et 4, il y a deux villas blanches spéciales, toutes deux inscrites dans la catégorie des monuments historiques.

La villa au numéro 2 est incroyable pour les motifs qui la décorent.

La villa au numéro 2, avec rez-de-chaussée et étage, a des colonnes avec des chapiteaux stylisés qui encadrent la porte d’entrée, et le niveau supérieur est délimité du rez-de-chaussée à travers une ceinture avec des décorations aux motifs végétaux. Le même motif décore aussi la ceinture sous la corniche.

Pour le numéro 4, en 1929, l’architecte Ernest Doneaud demande un permis de construire. La demande précisait l’adresse d’une villa « dans le prolongement de Vulpache 20/32 dans le parc Filipescu », qui correspond aujourd’hui à l’adresse du bâtiment sur la rue Ankara numéro 2.

La maison porte la signature de l’architecte Ernest Doneaud.

Ernest Doneaud (1879-1959), malgré son nom aux résonances françaises, est une figure importante de l’architecture roumaine. Il collabore avec les architectes Dimitrie Maimarolu (1859-1926) et Paul Smărăndescu (1881-1945) et réalise les intérieurs du Cercle Militaire de Bucarest et du bâtiment de la Maternité à Iasi. En outre, il est sollicité pour la réalisation des maisons de personnalités de l’époque: médecins, militaires, politiciens. Il a des contributions essentielles dans les projets de systématisation initiés par les édiles de la capitale, participant par exemple, au cours de la période 1908-1910, au lotissement de Lanariei.

Le bâtiment de la rue Ankara numéro 4, bien qu’il ait subi des changements au fil du temps, conserve toujours des détails qui l’encadrent dans le courant moderniste, en adoptant également des éléments Art déco: la ceinture sous la corniche, les fenêtres asymétriques sur l’un des murs latéraux, les fenêtres arquées du rez-de-chaussée en opposition à celles rectangulaires de l’étage.

Les autres bâtiments sur le côté de la rue avec des numéros pairs ont la même alternance de styles: moderniste avec Art déco et accents néo-roumains, gardant la cadence avec les villas du côté opposé.

Auteur: Ștefania Enache
Photo: Corina Gheorghe

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