La passion pour l`histoire de la Capitale a amené Aurel Ionescu à s`impliquer dans une activité complexe de recherche qui a conduit à l`élaboration d`une ample thèse concernant le nom des rues de Bucarest. Et comme il a eu toujours un mode complexe de voir et connaître le monde, Aurel Ionescu a réussi à combiner parfaitement l`intérêt pour les sciences exactes (il a étudié à l`Université Polytechnique de Bucarest) avec l`amour pour la langue roumaine, l`histoire, la géographie, mais aussi d`autres domaines plus ou moins connexes à la spécialité de base.
Quelles significations ont pour Aurel Ionescu les noms des rues de Bucarest ?
La première signification est celle liée du besoin d`orientation en ville. Dans le cas des rues à tradition, telles qu`elles sont, c`est un grand plaisir de savoir quelque chose sur leur histoire et leur nom, éventuellement, sur les personnalités qui ont habité là et de pouvoir les présenter à ceux intéressés.

Comment avez-vous arrivé à vous dédier à ce travail minutieux de rechercher le mode dans lequel certains changements historiques se reflètent au nom des rues ?
Au début, j`ai désiré savoir qui sont ceux qui ont donné un nom à certaines des rues de Bucarest. L`Évêque Timus, dr. Iatropol, gén. Doda ou Amza, le fondateur de l`église du centre de la ville, quels noms mystérieux ! Je n`avais pas appris sur ces noms à l`histoire, et en DEX ils ne figuraient pas. Et ils n`étaient pas les seuls. À Bucarest, il ya environ 5.000 rues, desquelles 1.500 environ portent de noms de gens.
La réponse à ces questions pouvait être trouvée uniquement dans les décisions d`attribution ou de changement du nom des rues respectives, ainsi que j`ai débuté la recherche de ces documents. En 2006, dans les Archives Nationales – la Direction du Municipe de Bucarest. Au milieu de 2008, nous avions toutes les décisions pertinentes d`attribution de noms et nous connaissions assez bien les étapes de ce processus : le passage d`une ville avec rues pratiquement sans noms – en 1848 – à une ville de 900 rues avec des noms – en 1890 – suivi de la modernisation accélérée (en alternance avec les destructions) du 20ème siècle.
Comment la profession d`ingénieur vous a aidé dans votre démarche de recherche historique ?
J`ai travaillé 28 ans comme scientifique à l`Institut de Physique Atomique de Bucarest – Magurele. Cette activité avec ses chaînes, théorique et pratique, m`a énormément aidé dans la recherche historique réalisée dans les archives, les bibliothèques, en terrain et à la maison.
Quel est le résultat de votre travail de jusqu`à ce jour ? Où pouvons-nous trouver les travaux réalisés par vous ?
Jusqu`à ce jour, 5 tomes de la série « Rues de Bucarest et leurs noms » sont apparus à la Maison d`édition Vremea de Bucarest. Ils peuvent être trouvés dans les librairies ou, mieux, au siège de la maison d`édition.
Les renseignements sur les rues avec noms des gens de Bucarest ont été groupés sur des catégories socioculturelles et professionnelles : aviateurs, militaires, médecins, personnalités de l`église, architectes, artistes, etc., allouant un tome pour une catégorie ou deux. À chaque dénomination, il ya un historique d`artère et une note avec des renseignements bibliographiques. Ce sont présentés tous les changements de noms, à compter de plus ancien nom, et on suit la connexion entre la biographie de la personne qui donne le nom actuel et le nom (l`évolution du nom) de la rue.
Quand le baptême des rues de Bucarest a commencé et quels critères ont été pris en calcul lors d`établissement du nom d`une rue ?
De nombreux noms des rues font partis de l`ancien fond, traditionnel, avec des motivations topographiques ou d`histoire locale, mais ce sont aussi de noms attribués par la communauté à travers l`administration locale ou supérieure. La raison principale pour laquelle les rues ont commencé à recevoir de noms a été celle de faciliter l`orientation des citoyens et l`identification des propriétés. Partant des anciennes formules approximatives (Oprea de la povarnă, Lixandra ce șade la Iane Cărămidă etc.), les méthodes se sont raffinées, en arrivant, graduellement, au 19ème siècle, à l`identification de la rue avec le nom et le numéro de maison. Les noms reçus par les rues et les marchés de la ville ont été d`un édifice important voisin (Église Enei, Académie, Bourse, Palais Royal, etc.), d`un propriétaire qui a parcellé son terrain et a bâti de maisons qu`il les a vendues (Suter, Mitu Tudorache, etc.) ou même d`un personnage célèbre qui a habité là (dr. Carol Davila, Matei Millo, etc.). Une autre modalité est apparue du désir de perpétuer la mémoire de certaines personnalités publiques (héros de guerre, gens politiques, médecins, etc.) ou de certains événements importants (Piața Unirii, Splaiul Independenței, Bd. 1 Decembrie, etc.). Le phénomène universel est apparu aussi à Bucarest au milieu du 19ème siècle et s`est transmis jusqu`à nos jours.
Il ya de rues en Bucarest qui ont conservé leurs noms depuis l’année 1920, lorsque le règlement pour la numérotation et la nomenclature des rues en Bucarest a apparu ? Comment ont-ils réussi à s’échapper du vague de changements successifs de noms ?
Après l’apparition en 1920 d’un règlement à pouvoir de loi « pour la numérotation et la nomenclature des rues de la ville Bucarest », la Mairie de la Capitale a mis les bases d’une Commission de Nomenclature. D’habitude, cette commission était composée de spécialistes et ses propositions étaient envoyées au Conseil Municipal, qui les approuvait telles qu’elles venaient ou elle pouvait les commenter et les modifier. Son activité, sous un nom ou l’autre, a duré plus de quinze ans. Pendant la période 1921-1944, la Commission de Nomenclature a tenu plus de 150 séances où plus de 2.000 modifications ou attributions de noms d’artères de Bucarest ont été effectuées.
Nombreuses rues ont reçu le nom d’héros (militaires, aviateurs, médecins) de la Première Guerre Mondiale et ont été conservés sans interruption : lt. Aurel Botea, gén. Ernest Broșteanu, Lt. Mihail Foișoreanu, mr. Aviateur Nicolae Capșa, lt. Aviateur Șerban Petrescu, dr. Haralambie Botescu, dr. Jean Clunet, etc.
Pouvez-vous nous dire quelle est la rue ou quelles sont les rues de la Capitale avec le plus ancien nom ?
Des noms très anciens, qui sont encore conservés, j’appellerai Căldărari (1683), Colței, Lipscani. La voie Șerban Vodă est l’artère portant le plus ancien nom de personne de Bucarest, la première mention étant de 1721 et fait référence au pont bâti sur l’eau Dâmbovița par le souverain Radu Șerban entre 1602 et 1610.

Il ya beaucoup de rues portant le nom des personnalités historiques. Comment ont-ils été choisis/ou comment ces personnalités sont choisies ?
Poursuivant l’exemple d’autres capitales d’Europe, les édiles de Bucarest ont décidé en 1909 que l’attribution à certains endroits publics du nom des gens illustres décédés est la meilleure voie pour perpétuer leur mémoire. Ils ont imposé aussi une condition, cette chose soit faite uniquement à « cinq ans après le décès…. », quand « on peut voir si la mémoire de la personne concernée a duré et en quelle mesure ». Réduit ultérieurement à trois ans, le délai n’a pas été tout le temps respecté, les exceptions sont devenues règle. Les rivalités de toute sort ou les faiblesses humaines ont conduit aux plusieurs modifications de noms, souvent regrettables.
Quels sont les principaux monuments historiques générant de modifications aux noms des rues de la Capitale ?
Un premier monument important a été en 1878, après la Guerre d’Indépendance. Au moment respectif, le Conseil Communal a décidé que certains noms à tradition soient modifiés avec de noms honorant les endroits de la victoire et ses auteurs. Parmi les autres, Calea Mogoșoaiei, Calea Vergului, Calea Craiovei, Strada Germană sont devenues Calea Victoriei, Calea Călăraşilor, Calea Rahovei, respectiv, Strada Smârdan.
Un autre moment important a été après la Grande Unification en 1918, quand le nom des plusieurs héros de guerres des provinces historiques ré(alignées) à la patrie mère et de certaines localités importantes de celles-ci ont apparu.
Quels sont les motifs générant de modifications au nom des rues ?
Près de l’usure des noms (str. Furiilor, str. Discordiei, etc.) ou le remplacement de noms manquants de signification, la toponymie urbaine et les monuments historiques (statues, musées) ont bâti un espace que tous les régimes politiques ont cherché à les dominer ou occuper. Cela est devenue très visible à compter de l’année 1940, chaque nouvelle administration désirant à affirmer de valeurs spécifiques et, le cas échéant, de récrire l’histoire. Nombreux noms de rues éloignées aux années visées ont revenu sur les tables de rue à peine après 1989.
Ont-ils été de cas dans lesquels des personnalités vivantes se sont réjouit du privilège de voir attribuer leur nom à une rue de Bucarest ?
La première attribution officielle de nom en Bucarest a été celle du nom du général rus P.D. Kisellef (1788 – 1872), ancien président plénipotentiaire des divans de Moldavie et Pays Roumain durant la période de l`occupation russe (octobre 1829 – avril 1834). Politicien ayant d`idées libérales et bon diplômé, il a encouragé de nombreuses mesures positives dans l`administration des pays roumains et il a eu une contribution importante à l`élaboration du Règlement Organique. Son nom a été attribué en 1843 à l`allée Băneasa du nord de la ville et, pour une moitié d`artère, il a résisté jusqu`à nos jours.
Une rue proche de Cișmigiu (ancienne Fântânei, puis Karl Lueger) a reçu en 1919 le nom du général français H.M. Berthelot (1861 – 1931), ancien chef de la Mission Militaire Française en Roumanie (1961-1918) et chef de l`Armée Alliée du Danube, qui a contribué à l`automne de l`année 1918 à la libération de la Roumanie de l`occupation des Puissances Centrales.
Pendant la royauté (1866-1947), le nom des rois et des reines de Roumanie et d`autres membres de la famille royale a été attribué aux rues et aux endroits importants de Bucarest et d`autres villes du pays.
Après 1947, ces noms ont été remplacés d`urgence maximale, à leur place apparaissant le noms des communistes fameux, à prédilection soviétiques, comme I.V. Stalin – le plus souvent utilisé.
Proche de nos jours, en 2001, str. Canalului du 6ème arrondissement a reçu le nom de la connue athlète Gabriela Szabo (née en 1975), championne mondiale (1998, 1999) et olympique (2000).
Souvent, les noms des rues sont changés, mais dans le mental collectif l`ancien nom est conservé longtemps. Combien de temps faut-il aux gens ordinaires pour assimiler le nom d`une rue ?
Il s`agit d`une tendance conservatrice concernant les noms publics. Une fois entrés dans la conscience publique, certains toponymes peuvent être conservés pendant des décennies et des décennies. En plus, les changements de motivation politique ont conduit aux situations parfois comiques. Ainsi, Andrei Pippidi rappelle « une histoire qui circulait il ya quarante ans. Une nuit, l`acteur Emil Botta rentrait chez lui dans un état de relative confusion (…). Montant dans un tai, il a commandé à sa voix sépulcrale : « Le Boulevard Gheorghe Gheorghiu-Dej », puis réticent : « Je m`excuse, la Reine Elisabeta ». Quand le chauffeur a réagit exclamant : « Que le Dieu donne ! » (Andrei Pippidi, Noms de rues, II, en « Dilema veche », 4ème année, no. 167, le 23 avril 2007).
Quels sont les effets produits chaque jour par la modification d`un nom de rue ?
La modification du nom d`une rue peut être une occasion de joie, lorsqu`il s`agit d`un mot indésirable (Suferinda – Souffrante, Sarsaila, etc.) ou qui semble indécent (le nom de la rue Epicur, philosophe Grec, modifié en Epicol), mais aussi de regret, lorsqu`ils sont remplacés de noms comme Clemenței – Clémence ou Pietății – Piété.
En général, un nom signifie une adresse. Sa modification est extrêmement indésirable pour ceux qui habitent sur cette rue, parce qu`ils doivent changer les pièces d`identité et annoncer tous les connus sur la nouvelle adresse. Un exemple qui a conduit aux mécontentements puissants est celui de l`ancienne rue Orlando près de marché Victoria, qui, après 85 ans de stabilité, a été changé trois fois, de deux en deux ans entre 2004 et 2008, restant à la fin avec le nom de la grande actrice Gina Patrichi, qui a habité sur cette rue.
Y a-t-il de rues en Bucarest que vous les baptiseraient autrement ?
C`est une tentation à laquelle je vais résister, vu les considérations ci-dessus mentionnées. En plus, il fau rappeler que, en 2018, la Commission d`Attribution de Noms du Municipe Bucarest a finalisé un tableau avec toutes les rues de Bucarest, mis à la disposition de la Mairie afin d`être consulté par le public.

Auteur: Ștefania Enache
Photo: Corina Gheorghe

