Le Prêtre Professeur Universitaire Docteur Constantin Pătuleanu, curé de l’église Saint-Nicolas Udricani, est l’une des personnes pleinement impliquées pour promouvoir et sauver le patrimoine culturel détenu par Bucarest. Par ses actions, le prêtre enseignant prouve que, pour l’église, prêcher la liturgie est inséparablement lié á desservir lˈéducation et la socio-philanthropie.
Depuis des années vous êtes le responsable de l’église Saint-Nicolas Udricani. Quelle est la place de ce lieu de culte dans l’histoire de Bucarest? Quel message cet édifice nous transmet-il de Bucarest d’autrefois?
L’église Udricani, en célébrant « Saint Nicolas », a été construite par le Boyard Nicolae Udricani, avec son épouse, Maria, en 1734. L’église est située sur la rue Clucerul Udricani, qui croise la rue Clucereasa Maria. Si le premier patron de l’Église est « Saint Nicolas », la deuxième fête est dédiée à « La Dormition de la Vierge Marie ». On voit que les deux fondateurs ont soigneusement choisi les protecteurs du lieu saint.
Dans l’église, il y a une icône de « Saint-Nicolas », qui est restée entière, mais avec des signes évidents, suite au grand incendie de Bucarest, en 1847, quand de nombreuses maisons et églises ont brûlé. À la suite de ce miracle incontestable, les croyants vénèrent cette icône sainte comme une icône faiseur de miracles.
De plus, dans l’église, il y a une grande icône, la Mère du Dieu « Platytera ton ouranon », unique dans le pays, datant de 1885, probablement peinte au Mont Athos, à laquelle les fidèles viennent avec beaucoup de piété, étant de grande aide.
Récemment, notre église a reçu un fragment des vestiges de Sainte Anastasie la Grande – Pharmacolitria (la guérisseuse), ainsi qu’un fragment des reliques de Sainte Anastasie Romana. Le culte de Sainte Anastasie a été apporté à l’église d’Udricani par l’évêque Timothy Troados, celui qui a rebâti l’église après le « grand incendie » (1847).

L’église a une histoire particulière, car elle a été construite dans le « bidonville Popii Isac », dans un verger de pommes, de poires et de mûriers, au moment respectif situé à la périphérie de Bucarest (près de la rivière Bucarestioara, aujourd’hui disparue). Bientôt, une Ecole de calligraphie et l’Ecole Roumaine d’Udricani ont y été établies, où des enseignants tels que « Chiosea, Chiriță ou Stan » et plus tard le chantre Nicolae, ont recueilli les enfants, d’abord, dans le porche de l’église et dans la stalle de l’église, afin d’apprendre « à chanter ensemble », pour ne pas se balader sur les rues.
Sur cette école, Ion Ghica écrivait : « Autour de l’église, dans le bidonville, parmi les vergers de pommes, de poires et de mûriers, il y avait environ dix à quinze bicoques avec un avant-toit saillant comme un parapluie, sous lequel vivaient des cordonniers, tailleurs, commerçants et fourreurs; quand ils allaient au magasin, ils envoyaient leurs enfants chez le chantre Chiosea, afin de ne pas vagabonder sur les petites rues et d’apprendre à chanter à la stalle de l’église, de lire l’Apôtre, de dire Notre Père et le Credo ... ». De chantre Chiosea, les Boyards Greceanu, Vacaresti, Anton Pan, Paris Momuleanu, Petrache Nănescu, Marin Serghescu, N. Filimon, etc. ont appris à lire (Ion Ghica, Lettres vers V. Alecsandri, Maison d’édition pour la Littérature, 1967, p. 47).
De ces écoles, les églises recrutaient leurs prêtres et chanteurs à la stalle (Chiru – à l’église d’Enei; Dumitrache Bondoliu – Père de l’évêque Calistrate; Unghiurliu – à Sărindar; Costache Știrbu – de l’église Saint-Jean près de la prison (?) et Petre Efesiu, chanteur dans la stalle droite du Patriarcat Nicolae Alexandrescu est devenu cafegi – başa (n.r. boyard de rang inférieur, apportait le café au souverain aux cérémonies) à la cour du souverain Grigorie Ghica; Marin Sergescu, nationaliste, emprisonné avec N. Bălcescu, Mitică Filipescu et Telegescu. D’ailleur, il était aussi appelé « Marin Nationalu » (Ion Ghica, Lettres, p. 50).
Pas loin de l’église d’Udricani, l’écrivain Petre Ispirescu a vécu aussi. Certainement, il était aussi un élève de l’école Udricani.
L’année 1877 est spéciale dans l’histoire de l’église, car l’archiprêtre Teodor Economu a commencé à construire un asile pour les Personnes âgées, même dans la cour de l’église. Ici 25 veuves ont été logées après la guerre d’indépendance de 1877.
Emil Pache Protopopescu, avocat de succès et maire de Bucarest, au début du XXe siècle, a été nommé curateur de l’asile après la mort de l’archiprêtre Economu. En tant que maire, il a signé un protocole entre la mairie et l’asile, offrant 20 lei à chaque veuve de l’asile.
Ainsi, l’asile a fonctionné jusqu’en 1950, date à laquelle il a été abusivement repris par l’État. Les veuves ont été évacuées et les appartements restés vacants, loués. Ce n’est qu’en 2005 que nous avons obtenu la restitution de ces bâtiments à la paroisse d’Udricani. Malheureusement, les bâtiments étaient dans un état de dégradation avancé, car aucun travail d’entretien n’a été effectué pendant 65 ans, donc nous avons été forcé de les abandonner.
Actuellement, la paroisse d’Udricani a commencé la reconstruction de l’Ecole Roumaine d’Udricani. Le nouveau projet comprend la création d’espaces éducatifs modernes, une maternelle et un gymnase jusqu’au lycée. Ici, ils pourront apprendre 800 enfants.

Jusqu’à présent, nous avons réussi à couler les fondations et les parois latérales pour trois des cinq corps prévus dans le projet.
Il faut dire que la mairie générale de la municipalité de Bucarest a accordé, jusqu’à présent, un soutien financier important et nous espérons de continuer à être aidés dans nos efforts pour reprendre les activités éducatives et sociales exceptionnelles menées par l’Église Udricani au fil du temps.
J’ai raconté ces choses pour comprendre que l’Église Udricani, vieille de 300 ans, a mené son activité sur trois aspects fondamentaux concernant la raison de son existence dans le paysage de Bucarest.
Du côté sacramentel, elle a été près de Bucarestois à travers ses messes et ses prières. Quant à l’éducation, elle a été un exemple de dévouement et de sacrifice dans l’éducation et l’éveil des enfants et des jeunes de Bucarest, beaucoup d’entre eux honorant le peuple et la culture roumains. En ce qui concerne le côté social, par l’Asile de Personnes âgées « l’Archiprêtre Economu », l’église Udricani a été une institution philanthropique exceptionnelle, en particulier après la Guerre d’Indépendance (1877).
À travers toutes ces activités, il est clair que, pour l’église, prêcher la liturgie est inséparablement lié á desservir lˈéducation et la socio-philanthropie.

Les excavations effectuées autour de l’église ont révélé un véritable trésor archéologique. À quelle étape se trouvent les travaux sur le site archéologique près de l’église? À quelle étape en est la rénovation de l’église Udricani?
Le chantier archéologique d’Udricani a été fermé après l’achèvement des travaux. Suite aux découvertes faites en 2011, a été publié un volume contenant un riche matériel documentaire et photographique sur l’histoire de l’église, des données sur les découvertes archéologiques, des tombes, des pierres funéraires, des pièces de monnaie, etc., mais aussi de nombreux éléments concernant l’École Roumaine d’Udricani.

Pourquoi le touriste devrait-il venir voir l’église Saint-Nicolas d’Udricani? Qu’est-ce qui distingue cette église des autres lieux de culte? Quelle est la particularité?
Les pèlerins et les touristes qui se rendront à l’église d’Udricani seront récompensés à tous égards.
Ils pourront partager la richesse spirituelle d’un lieu de culte qui depuis près de trois cents ans a sanctifié la vie des croyants à travers les services sacrés qui y sont exécutés. Pendant de nombreuses années, l’église a fonctionné comme un monastère.
La beauté de l’église ravira l’amoureux d’harmonie, de mesure et de proportion architecturale à travers le style post-brancovenien. De plus, les peintures murales du porche transposeront le spectateur dans le siècle d’or de la peinture roumaine représentée par l’école de Constantinos et plus tard par Parvu Mutu.
Le mobilier intérieur, bien que récemment exécuté par le sculpteur Dumitru Garea, rappellera au spectateur l’époque de la sculpture brancovienne authentique.
L’atmosphère dans l’église, la paix et la tranquillité provoqueront le croyant pèlerin ou le simple touriste à l’introspection et à la méditation, à la prière et à la contemplation.
Ceux accablés par l’agitation, la souffrance ou le péché, ceux troublés par le grand frisson de la vie pourront y trouver la paix et l’équilibre de l’âme, agenouillant devant les icônes de l’église et les reliques sacrées de Sainte Anastasie – la Guérisseuse.
Beaucoup d’églises de Bucarest sont des endroits qui peuvent être parfaitement intégrées dans l’itinéraire que peut suivre un touriste passionné par l’histoire de ces régions. Quelles mesures faut-il prendre pour que toute cette richesse de monuments historiques puisse être valorisée au maximum de son potentiel et devenir plus connue?
La mise en valeur des monuments du centre de Bucarest nécessite un effort plus soutenu de la part de la Mairie Générale, des médias de Bucarest, des compagnies touristiques et bien sûr des églises. Chacun doit essayer de faire connaître, par les moyens spécifiques de chaque institution, le passé de ces monuments, leur charge spirituelle et leur richesse artistique.
Pouvez-vous nous recommander cinq autres églises à Bucarest que les touristes passionnés d’histoire ou les pèlerins à la recherche de tranquillité de l’âme devraient voir? Pourquoi êtes-vous arrêté à ces lieux de culte?
L’Église Negustori (n.r. Église « Saint Nicolae » – Negustori, située sur la Place Rosetti, sur la rue Teodor Ştefănescu no. 5), Église Trois Chaises – derrière l’hôpital Colțea, Sainte Trinité, Calea Mosilor, Église Razvan de Calea Mosilor, Église Colței (n.r. Église Coltea ou Trois Hiérarques-Coltea). Toutes ces églises sont proches les unes des autres et appartiennent au XVIIIe siècle, l’époque d’or de l’architecture et des peintures murales, appelé aussi l’âge de style Brancovien.

Bucarest est une ville où l’histoire se combine avec la modernité. Comment mieux valoriser le patrimoine de la ville afin de le maximiser?
Tous les facteurs responsables, je les énumérerais ici: les mairies, le gouvernement, les ONG et les entreprises privées devraient investir davantage dans la préservation et la promotion de ces valeurs inestimables de l’esprit roumain – les Églises – monuments historiques.
Les jeunes générations sont-elles soucieuses de préserver l’histoire et de trouver des solutions pour une meilleure utilisation?
Surtout les jeunes qui ont une formation dans le domaine, je pense à ceux qui ont suivi ou suivent des cours d’école d’art, sont intéressés à sauvegarder le patrimoine culturel du pays. Sinon, je pense que les nouvelles générations de jeunes devraient être aidées à mieux comprendre les valeurs, les traditions, les monuments de l’art. De cette façon, ils les valoriseront, les conserveront et les promouvront davantage.

Auteur: Ștefania Enache
Photo: Corina Gheorghe

