L’empreinte de l’architecture communiste à Bucarest

Le communisme a mis sa marque sur l’architecture de Bucarest, transformant de nombreux quartiers de la ville. Nous suivrons nous mêmes  les traces des bâtisseurs de cette période, pour découvrir des symboles qui sont restés comme héritage des années où le pouvoir était détenu par le « parti unique ».

Le touriste désireux de connaître Bucarest authentique devra découvrir la partie de l’histoire que beaucoup essaient d’effacer à éponge pour faire disparaître toute trace liée au communisme. Depuis plus d’un demi-siècle, la Roumanie a été  sous la dictature de cette idéologie, et les effets se font encore sentir aujourd’hui sur tous les plans.

Maison Scînteii, aujourd’hui la Maison de la Presse Libre

L’une des premières constructions bâties par les communistes fut le bâtiment connu aujourd’hui sous le nom de « Maison de la Presse Libre ».

L’impressionnant bâtiment, situé très près de l’une des grandes entrées de la ville, a été érigé sur une partie importante d’un édifice connu entre les deux guerres. Il s’agit de l’Hippodrome Băneasa, un endroit que les dirigeants communistes pensaient promouvoir les coutumes bourgeoises.

L’hippodrome a été inauguré en 1908, étant construit selon les plans de l’architecte Ion D. Berindey. Immédiatement après son ouverture, il a réussi à attirer la « crème » de la haute société de  Bucarest, et pendant l’entre-deux-guerres, c’était un endroit où une série d’événements nationaux et internationaux étaient organisés.

Une fois arrivés au pouvoir, les communistes ont décidé que l’Hippodrome Băneasa devait disparaître du paysage de Bucarest, alors ils ont commencé sa démolition.

Sur une partie du terrain, les travaux du complexe Casa Scînteii / Maison Scînteii  ont commencé en 1952. De l’équipe d’architectes, qui a mis en œuvre ce projet, a fait parti aussi  Horia Maicu (n.r. avant la roumanisation du nom, il était connu sous le nom de Harry Goldstein), celui qui, entre 1958-1969, occupera le poste d’architecte en chef de Bucarest. Le groupe d’ingénieurs impliqués dans la conception du bâtiment était dirigé par Panaite C. Mazilu.

Dans le paysage de Bucarest, la Maison de la Presse Libre est un  bâtiment grandiose qui peut faire partie d’un circuit touristique à tout moment.

Même si les spécialistes qui l’ont réalisé ont eu comme principale source d’inspiration des bâtiments de Russie (un exemple est l’Université d’État de Moscou), la construction comprend aussi de nombreux éléments décoratifs d’inspiration roumaine.

La Maison Scînteii a abrité une grande partie de la presse de propagande communiste.

Le bâtiment, inauguré en 1957 et conçu pour résister aux forts tremblements de terre, abritait une grande partie de la presse de propagande communiste, au centre étant le journal « Scînteia ».

Sur une autre partie de la surface de terrain laissée libre après la démolition de l’Hippodrome Băneasa, un autre symbole de l’architecture communiste a été érigé: « Le Pavillon de l’Exposition des Réalisations de l’Economie Nationale », transformé, après 1989, en ROMEXPO.

Le Cirque d’État

Un autre bâtiment important du paysage bucarestois hérité de la période communiste est le Cirque d’État, bâti entre 1960-1961. Aujourd’hui, le Cirque Métropolitain y fonctionne.

Parmi les architectes impliqués dans ce projet, citons Nicolae Porumbescu, Constantin Rulea et Nicolae Pruncu.

L’ensemble composé d’une salle de spectacle et de plusieurs annexes a été construit dans l’un des quartiers populaires de Bucarest. À travers ce projet, le régime socialiste a voulu contribuer à la culturalisation des masses et au développement des espaces récréatifs.

Le Cirque d’État a été inclus dans la catégorie des monuments historiques et, comme d’autres bâtiments érigés par les communistes, peut entrer à tout moment dans le circuit touristique.

La salle de spectacles, qui accueille aujourd’hui les événements du Cirque Métropolitain, impressionne par sa forme. Elle a un amphithéâtre recouvert d’un dôme en béton armé. Ce dôme est présenté comme une toile ondulée, faisant référence au rideau de théâtre. La façon dont la salle de spectacle a été conçue amène oriente l’attention du public à se diriger vers l’arène circulaire où se déroulent les événements.

La Salle du Palais

Un autre symbole de l’architecture communiste est la Salle du Palais, un lieu où se tiennent aujourd’hui des concerts de célébrités nationales et internationales, mais aussi dans lequel une série de grandes conférences sont organisées.

La Salle du Palais a été inaugurée en 1960 et a été construite à la continuation du bâtiment qui abrite le Musée National d’Art de la Roumanie (le Palais Royal). L’architecture de la Salle du Palais porte la signature de l’équipe composée de Horia Maicu, Ignace Serban et Tiberiu Ricci.

Les sources historiques indiquent que la Salle du Palais a été érigée sur les ruines du bâtiment d’où le Maréchal Ion Antonescu a été capturé pendant les événements du 23 août 1944. L’ancien bâtiment s’appelait « Casa Nouă » / La Nouvelle Maison et a été victime des bombardements allemands qui ont frappé la Capitale de la Roumanie en 24 août 1944.

Celui qui a ordonné la construction de la Salle du Palais était Gheorghe Gheorghiu-Dej. De plus, le bâtiment a été inauguré avec un grand événement du régime: le 3e Congrès du parti dirigé par Gheorghiu-Dej.

Même Nicolae Ceaușescu n’est pas étranger de la Salle du Palais. En 1982, le dictateur communiste a ordonné l’augmentation de la capacité des places dans cet espace. C’est ainsi que la Salle du Palais comporte une capacité totale de 4.060 places.

Et l’histoire de la télévision roumaine est étroitement liée à cette période. Et si l’on parle de symboles de l’architecture communiste, il faut rappeler que l’actuel siège de la TVR, à Calea Dorobanților, a été inauguré en 1968.

Les grues rient au soleil

Les quartiers d’ouvriers, un autre symbole de l’époque communiste.

Parmi les symboles de cette époque figurent aussi les quartiers type dortoir. Même si les quartiers d’ouvriers d’aujourd’hui ont subi une transformation visible grâce aux interventions destinées à changer le paysage (des espaces verts, parcs, réhabilitation, etc.), ils restent une construction des communistes qui voulaient uniformiser les masses.

L’histoire de l’architecture communiste ne peut pas être complète si nous ne souvenions pas du métro de Bucarest. Bien qu’il soit assez difficile à reconnaître, le métro est un produit de cette époque dont Bucarest profite pleinement aujourd’hui.

Né du désir de Ceaușescu d’aligner Bucarest aux métropoles en ce qui concerne le transport souterrain, le métro a été inauguré le 19 décembre 1979, lorsque le premier tronçon de la Magistrale I a été inauguré, sur la route Semănătoarea – Timpuri Noi. Les travaux de construction ont commencé en septembre 1975 et jusqu’au 1979, 8,1 kilomètres de réseau souterrain avaient été achevés.

Après l’inauguration faite à grande faste, les travaux se sont poursuivis, des nouvelles sections étant mises en circulation à des intervalles réguliers de temps.

Le métro de Bucarest est en pleine extension et aujourd’hui, de nouveaux itinéraires devraient permettre de libérer le trafic de surface de la ville.

L’image que le fleuve Dâmbovița a aujourd’hui sur le territoire de la Capitale est aussi la conséquence d’un projet initié par les communistes, mais qui n’a été réalisé qu’à 70%.

Dans les années ‘80, un groupe d’ingénieurs a élaboré un plan pour établir une liaison navigable entre la Capitale de la Roumanie et le Danube. Le projet connu sous le nom de Canal Danube -Bucarest concerne également le fleuve Dâmbovița.

La Maison du Peuple

Nous ne pouvons pas conclure ce circuit touristique sans visiter la célèbre « Maison du Peuple », connue aujourd’hui sous le nom de Palais du Parlement. Pour de nombreuses raisons, il s’agit de la construction la plus impressionnante de la période communiste.

La Maison du Peuple faisait partie du « Projet Bucarest ».

Le tremblement de terre de 1977, qui a détruit de nombreux bâtiments historiques de la Capitale, a donné à Nicolae Ceaușescu l’occasion de mettre en œuvre son « Projet Bucarest ». Immédiatement après 1980, de vastes démolitions commencent dans le centre de Bucarest, destinées à faire place à la construction souhaitée par Ceausescu.

Plus de 40 000 personnes sont expulsées de leurs maisons et transférées dans d’autres logements, tandis que les démolitions ont lieu sur plusieurs kilomètres carrés. D’importants bâtiments de la Capitale de la Roumanie sont victimes de ce projet. Parmi eux se trouvent l’Hôpital Brâncovenesc, les Arènes Nationales et le Monastère de Văcărești.

Le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Palais du Parlement a été érigé sous la coordination de l’architecte Anca Petrescu. Les équipes de travailleurs impliquées dans ce projet ont travaillé en trois quarts pendant sept ans. Les ressources humaines et les matériaux utilisés sont impressionnants. Le produit final est également impressionnant, le Palais du Parlement étant le deuxième « bâtiment administratif » au monde, après le Pentagone.

Auteur: Ștefania Enache
Photo: Corina Gheorghe

Mai multe articole

Știrile zilei