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L’héritage de Grigore Cerchez

Grigore Cerchez a construit cette maison à la requête du politicien Emil Lahovary.

La beauté du Bucarest d’aujourd’hui est le résultat de l’oeuvre des personnalités peu connues par ceux qui explorent la ville comme simples touristes. Les architectes et les ingénieurs qui ont contribué au développement de la capitale roumaine sont restés dans l’ombre, leur art étant visible partout dans la ville, sans connaître les noms de ceux qui ont conçu les remarquablesmaisons qui font de Bucarest une métropole unique dans le paysage européen, ou qui ont initié la systématisation de la ville qui a conduit à sa modernisation.

Grigore Cerchez est l’une des personnalités qui nous a laissé une série de projets emblématiques pour Bucarest. Nous parlerons de lui aujourd’hui et de l’influence qu’il a eu sur le Petit Paris.

Entre 1904-1908, l’architecte a remodelé les façades du Musée National d’Histoire Naturelle „Grigore Antipa”.

Les débuts de la „belle époque” à Bucarest ontapporté une transformation significative de la ville, qui a connu d’importants changements urbains et édilitaires, en concordance avec l’évolution sociale, changements qui ont justifié son nom consacré de „Petit Paris”.

Ainsi, depuis 1873, l’année quand il a reçuson diplôme dans la „Ville Lumière”, l’ingénieur – architecte Grigore Cerchez (1850-1927) a été employé au Ministère des Travaux Publics, et à partir de 1875 il a été nomméIngénieur en Chef de la capitale roumaine.

C’est pour de bonnes raisons que nous évoquons sesfonctions. À cette époque-là, les plans d’assainissement de la zone „Grădina Icoanei / Le Jardind’Icoanei” ont été liés au nom de Cerchez. Il s’est aussi impliqué, entre 1880-1883, dans les plans de canalisation de la rivière Dâmbovița, et aussi dans les plans de systématisation de la ville, réalisés à cette occasion.

Il a dédié ses efforts à Bucarest

Pendant un demi-siècle, comme professeur à la Faculté d’Architecture ou à l’École Polytechnique, et aussides postes administratifs qu’il a occupésou en tant qu’auteur de quelques bâtiments de référence, Grigore Cerchez a fondamentalement marque l’évolution de l’architecture roumaine.

La première période de sa carrière a été profondément influencée par ses études à l’étranger. C’est la période où il a adopté un style néoclassique, éclectique et néogothique.

De cette époque-là on peut encore admirer la Maison Sihleanu (construite en 1889 dans la rue Simu Atanasie au numéro 1, derrière l’Athénée Roumain), aujourd’hui transformée en café.

De cette période date également la maison située dans la rue Nicolae Iorga au numéro 12, construite en 1882. Le bâtiment a étéérigé à la demande de l’historien Mihail Șuțu.

Dans ses premières années, Grigore Cerchez a également travaille sur les façades du Musée National d’Histoire Naturelle „Grigore Antipa”.

L’un des fondateurs de l’architecture roumaine

Après 1906, on peut remarquer une diversification stylistique dans l’œuvre de Grigore Cerchez, qui a commencéàintégrer dans sa création des éléments emblématiques du style national.

Entre 1906-1910, il aconstruit la maison d’Emil N.Lahovary, située dans la rue Gina Patrichi au numéro 10, un bâtiment en style néo-gothique français, qui a un corps principal et deux corps latéraux délimitant une cour d’honneur à la manière de la Renaissance française. La façade et le toit avec grenier sont richement ornés, présentant des détails géométriques et végétaux. Le bénéficiaire de cet „hôtel particulier” était le politicien Emil Lahovary (1855-1930), et dans la première partie du XXe siècle, il a été le siège de la Légation Américaine à Bucarest.

Entre 1905-1912, avec l’architecte Alex. Clavel, il a réalisé les plans et adirigé les travaux de modification du bâtiment situe dans Calea Victoriei / Voie de la Victoire au numéro 196, bâtiment situé vis-à-vis du bâtiment du Musée „George Enescu”.

L’ouvrage a été demandé par l’avocat Constantin G. Dissescu – professeur d’université, auteur du premier cours de droit constitutionnel roumain et Ministre de la Justice pendant une courte période.

Le bâtiment a été remodelé dans un style néo-roumain, la façade de Calea Victoriei / Voie de la Victoire ayant une loggia inspirée de l’architecture brancovienne, avec des arcs soutenus sur des colonnes à rainures torsadées et avec des garde-corps en pierre sculptés d’ornements floraux et zoomorphes.

La Maison Dissescu est le siège de l’Institut d’Histoire de l’Art „George Oprescu” de l’Académie Roumaine.

Après la mort de Constantin G. Dissescu en 1932, la maison a abrité le siège de l’Institut de la Culture Italienne (1933 – 1949), puis celui de l’Institut Roumain-Russe jusqu’en 1956. Depuis 1967, le bâtimentest le siège de l’Institut d’Histoire de l’Art „George Oprescu” de l’Académie Roumaine.

Les espaces intérieurs conservent encore des éléments du projet imaginé par Grigore Cerchez et abritent le patrimoine de l’institut : une bibliothèque d’art unique au pays, des archives documentaires, une collection de beaux-artsofferte en donation parle professeur Oprescu, l’ingénieur Gheorghe Bals et la famille Busuioceanu.

La Maison Niculescu-Dorobanțu a été construite en 1911.

Dans ce contexte, nous devons mentionner que, bien qu’il ait été légalement constitué en 1948, l’Institut d’Histoire de l’Art a été créé et a commencé à fonctionner l’année suivante sous la direction du professeur George Oprescu. Le professeur Oprescu a occupé le poste de directeur de l’institution pendant 20 ans. Durant cette période, on a mis les bases de la recherche scientifique fondamentale dans le domaine de l’histoire de l’art et on a élaborédes travaux de synthèse sur l’histoire de l’art roumain. L’institut a été organisé par départements avecdifférentsprofils, et George Oprescu a initié l’approche multidisciplinaire dans l’étude de l’art médiéval, l’art byzantin, l’histoire du théâtre, du cinéma, de la musique et de l’architecture. Entre 1950 et 1960, on a crééla bibliothèque et les revues de l’institut.

Grâce à la contribution de Grigore Cerchez, mais aussi à celle du professeur Oprescu, Bucarest bénéficie aujourd’hui d’un institut d’art abrité par un bâtiment patrimonial.

Une réplique des châteaux français

Une autre maison impressionnante portant la signature de l’architecte Cerchez se trouve à proximité immédiate de la Maison Dissescu, dans la rue Gheorghe Manu au numéro 9. Il s’agit de la Maison Niculescu-Dorobanțu. Le bâtiment a été commandé par l’une des filles du politicien libéral Ion C. Brătianu, Tatiana Niculescu-Dorobanțu. À sa demande expresse, Grigore Cerchez a conçuet réalise, en 1911, une réplique historique des châteaux français inspires de la Renaissance, à décorations néogothiques.

Le bâtiment est une réplique des châteaux français de la Vallée de la Loire.

Dans la correspondance avec ses sœurs, Tatiana se montrait très fière de sa maison „en style Louis XII, avec pierre sculptée et brique apparente (…) J’ai trouvé que sans aucune comparaison possible (n.r. avec les châteaux français de la Vallée de Loire), ma maison est très belle. Malheureusement, a cause de la rue étroite, le palais semble un peu coince”.

Le bâtiment ressemble à une cathédrale gothique. Il se remarque grâceàses éléments distinctifs, tels que la maçonnerie apparente en brique de diverses nuances de rouge, les silhouettes des tours, le portail d’entrée, les imposantes fenêtres avec des meneaux sculptés en pierre, en style néo-gothique français, les détails chantournés des terrasses et des fenêtres, les corniches, les gargouilles, les vitraux et les arches brisées. Tous ces détails marquent à la fois l’extérieur et l’intérieur.

Il a laissé son empreinte sur Voie de la Victoire

La restauration de l’église de Zlătari est liée au nom de Gregory Cerchez, qu’il a réalisé entre 1907 et 1908.

En fait, l’architecte a été impliqué dans un projetde grande portée qui visait à élargir l’espace occupé par Calea Victoriei / Voie de la Victoire. Les travaux ont été conçus de manière à ne pas compromettre les constructions de la zone.

Et dans le cadre de la modernisation de cette artère essentielle de la capitale roumaine, on a conçu, entre 1910-1911, sur l’ancienne propriété de la famille Lahovary, l’ensemble formé par l’actuel Théâtre Odéon et l’ancien Hôtel Majestic.

La modernisation de la Calea Victoriei / Voie de la Victoire a permis la construction d’un ensemble architectural composé du théâtre Odéon et des bâtiments voisins.

Les sources historiques montrent que l’architecte Grigore Cerchez a conçu un ensemblede grande envergure. Le projet a été initié par Emil Lahovary. Les informations disponibles sur le site web du Théâtre de l’Odéon montrent que ce projet a abouti à la construction du « Théâtre de Comédie », situé du côté de la rue de l’Académie, mais avec la façade orientée vers la Calea Victoriei / Voie de la Victoire, flanquée de deux corps latéraux, au nord, forme de magasins et d’appartements et au sud forme par l’Hôtel Majestic. Le théâtre a été inauguré le 25 décembre 1911, et puis les ailes latérales indépendantes – l’Hôtel Majestic et le corps nord avec appartements et boutiques, configurant ainsi les deux passages. (…) Le théâtre a subi quelques transformations vers le milieu du XXe siècle, l’agrandissement de la salle, l’élévation la scène et l’introduction des corps de liaison avec les ailes latérales – annexes de la scène –au-dessusdes deux passages. Les bombardements de 1945 ont endommagé le théâtre tout comme les corps latéraux, en particulier celui du nord, qui a été partiellement restauré”.

L’héritage que Grigore Cerchez nous a laissé comprend également l’École d’Architecture de Bucarest. Là, les travaux ont commencé en 1912 et ont été achevés en 1927.

Pendant ce temps, l’architecte a également réalise les façades de l’Académie des Sciences Économiques (l’Académie deHautes ÉtudesCommerciales et Industrielles de Bucarest), dont le projet a été réalisé par l’architecte Edmond van Saanen-Algi, et le contractant était Gr. G.Cerchez).

Grigore Cerchez s’est impliqué également dans la restauration de l’église de Zlătari.

Aussi, à partir de 1912, il s’est occupé de la décoration intérieure et de l’extension du côté nord du Palais Cotroceni. Pour cette aile, il a abordé une conception nationaleromantique, en ajoutant une grande salle, avec une terrasse au-dessus et deux pavillons à colonnes. L’un de ces pavillonsétait une réplique du célèbre pavillondu Monastère de Hurezi, du département de Valcea.

L’activité de l’architecte Grigore Cerchez est synonyme à la modernisation de Bucarest, l’héritage que cette grande personnalité nous a laissé étant d’une valeur inestimable.

Auteur: Ștefania Enache
Photo: Corina Gheorghe
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